Les bois: quelle essence pour quel boulot?
Je parle ici surtout des bois utilisés pour des modèles réduits naviguant, qui sont pour l'essentiel les même que ceux qu'on utilise en construction grandeur. Mes critères de choix sont les qualités physiques - densité, résistance mécanique, durabilité, aspect - la cohérence par rapport à l'essence utilisée pour la même application dans un bateau grandeur - par exemple spruce pour les espars - et la disponibilité du bois sur le marché. Sur ce dernier point: certains bois facilement disponibles en magasin de modèlisme, notamment le samba, sont prisés des modèlistes malgré leur caractéristiques mécaniques et leur durabilité médiocres. Facile à travailler, certes, mais pourquoi choisir un bois peu durable et de piètre qualité quand on investit tant d'efforts et de temps dans un modèle réduit?
Charpente axiale, pièces de structure:
Chêne: bois dense, de 0,65 à 0,80. Couleur brun clair à brun fonçé. Très durable et résistant, mais parfois fendif et sujet aux gerces. Peut noircir au contact de certaines colles, notamment vyniliques, et en présence de fixation métalliques en fer ou acier. Sinon prend bien la colle. Facile à trouver notamment en récupération: lattes de parquet, vieux meubles, etc...
Frêne: bois dense (0,65 à 0,75) et serré, de couleur jaune clair à rosé, veines plus sombre. Très bonne résistance mécanique - il sert à faire les manche d'outils, et autrefois les battes de baseball- mais mauvaise tenue à l'humidité. Se ploie très bien à la vapeur. Le grain peut être irrégulier ce qui rend alors le travail de ce bois problèmatique. Il fut beaucoup utilisé en petit yachting pour la charpente axiale - quille, carlingue, serres - et pour les membrures ployées, en concurrence avec l'acacia. La quille de mon 12m2 du Havre de 1928 Bel-Ami est en frêne. Il faut veiller à le protéger, et éviter de l'utiliser pour des pièces en immersion prolongée ou en contact permanent avec l'eau. Facile à trouver en petite quantité: récupération de manches d'outils.
Ramin: bois dense (0,66) au grain serré et très régulier, couleur jaune à rose pâle. Bonne caractéristiques mécanique mais faible résistance à l'humidité et tendance au bleuissement. le ramin noircit rapidement au contact de l'humidité et des champignons s'y développent, il est nécessaire de le protéger, plus encore que le frêne cité plus haut. Le ramin se travaille facilement - avec des outils bien affûtés - et prend bien la colle. On le trouve aisément au détail dans les magasins de bricolage.
Red cedar: bois léger (0,35 à 0,45), de couleur rougeâtre, dont l'odeur caractérisitique rappelle qu'il est le bois de choix pour fabriquer les crayons. Sa résistance mécanique est médiocre, mais il résiste très bien à l'humidité, et sert notamment à fabriquer des palissades, une mine pour les fouineurs et récupérateur. Mon dernier lot provient d'une palissade en red cedar abattue par un coup de vent en bord de mer. Il se colle bien, et prend un aspect flatteur une fois vernis. Il se trouve assez facilement chez les marchands de bois, et se débite sans difficulté en petites lattes. Attention, il est préférable, comme avec la plupart des essence, de le débiter de façon à ce que le fil du bois soit perpendiculaire à la surface des lattes.
Acajou du Honduras: bois rouge d'Amérique du Sud, essence en voie de disparition. Densité faible, environ 0,50, facile à travailler mais attention aux poussières qui peuvent être très irritantes. Couleur allant du jaune rosé, presque saumon, au rouge orangé, très bel aspect un fois vernis. Résistance mécanique moyenne mais très bonne durabilité et résistance à l'humidité. Ce bois, utilisé sous le nom de cédrot en France, fut très longtemps le bois de choix pour border les embarcations légères, canot d'aviron de loisir ou de course, petits voiliers de régates. Il est encore utilisé en lutherie et se trouve chez les fournisseurs spécialisés. En récupération on en trouve parfois dans les clubs d'avirons, notamment les hiloires des bateaux anciens sont souvent dans ce bois. Attendre que les rameurs descendent avant d'attaquer le bateau...je possèdent deux yoles anciennes construite en acajou du Honduras entre 1880 et 1913. Sur ces pages vous pourrez trouver une autre application: le bordé du modèle réduit d'Ar Men, à partir des plats-bords récupérés sur mon 12m2 Bel-Ami lors de la réfection du pont.
Samba: bois léger, 0,37 à 0,50, résistance mécanique médiocre, durabilité médiocre, notamment sur le plan de la résistance à l'humidité. . Couleur jaune clair, grain serré peu visible, facile à travailler et à coller. Rarement utilisé en construction navale grandeur excepté pour la confection de mannequins ou gabarits. Je l'utilise peu, et seulement pour des modèles statiques. Il est omniprésent dans les magasins de modèles réduits.
Spruce, Sitka spruce: bois léger (0,35 à 0,55), cousin du pin d'Oregon (Sitka est une région d'Alaska), de couleur jaune pâle, avec des cernes peu visibles. Son faible poids et ses bonnes caractéristiques mécaniques en ont fait pendant des lustres le bois de choix pour les espars des yachts, et notamment des bateaux de course. Pour les mêmes raisons le spruce a tenu une place de choix dans l'histoire de l'aviation, de Blériot à nos jours, puisqu'il est encore utilisé en construction amateur d'avions légers. On lui doit aussi le plus gros avion du monde, le "Spruce goose" Hughes H4-Hercules, construit en bois sur l'initiative de Howard Hughes, et encore visible au musée de McMinville, en Oregon.
Le spruce se trouve encore chez les spécialistes du bois pour la construction navale, en échantillons importants. C'est un bois cher. En récupération il reste relativement facile à trouver, puisque jusque dans les années 60 il était encore fréquemment utilisé pour les espars en plaisance, même ceux des dériveurs tels que les premiers 420, ou les Vauriens. Faites vous pilleurs d'épaves, ça en vaut la peine!
Pour les espars de mes modèles réduits classiques je n'utilise que le spruce ou le pin d'Oregon, espars creux si leur section le permet.
Teck: bois dense, 0,55 à 0,80, brunâtre parfois virant au vert, quelquefois parsemé de points blancs. Peu de soupless et de nervosité, bonne résistance aux intempéries même non protégé. En mer il prend une couleur gris argent, en eau douce il noircit. Il tend à désaffûter les outils, et il est prudent de le dégraisser (acétone) avant collage car c'est un bois gras. Bois de choix pour les ponts - attention au poids - bien que ce soit le fait d'une mode assez récente. Les ponts des voiliers, notamment des yachts de courses, étaient le plus souvent en bois légers tels que du pin jaune, fréquemment recouvert d'un toile de coton épais marouflée à la peinture. C'était notamment le cas pour Ar Men, et plus récemment pour les séries du petit yachting telles que les Chats ou 12m2 du Hâvre.
Acacia ou Robinier: bois dense (0,75 à 0,80), très résistant et nerveux, couleur verdâtre virant au brun quand il sèche. C'est le bois de choix pour confectionner des membrures ployées à la vapeur, application dans laquelle il concurrence le frêne, tout en offrant une durabilité très supérieure. Un bois difficile à trouver sauf à le couper soi même dans les taillis - demander la permission d'abord - car il est courant à l'état sauvage, notamment sur les talus de Bretagne. Ou bien une fois encore, s'adresser à un chantier bois sympathique. Les membrures de Ar Men sont en acacia, le reste de l'arbre navigue dans une réplique d'une annexe de langoustier.
A suivre...
Pour en savoir plus, deux sites sympas:
Le bois en construction navale
All pictures and text Copyright Patrick Bigand
Photos et texte copyright Patrick Bigand