Techniques, trucs, astuces
Sommaire des techniques, trucs et astuces:
- Confection des voiles de modèles réduits - méthode Jean Chevalier
- Confections des voiles à partir de moules ou "blocs"
- Système de rappel d'écoutes par élastique "anti-vrillage"
- Fabrication d'un mât bois à gorge de ralingue: tarabiscot et Stanley 78
(C'est quoi un tarabiscot?)
- Les ponts plats c'est pas beau: essayez donc le quart de nonante
Je pêche à la mouche, et presque toutes mes cannes sont en bambou, ce qui m'a permis d'apprécier la résistance de ce matériau. C'est donc tout naturellement que j'ai testé son utilisation pour confectionner des cercles de mât, notamment pour Ar Men. C'est rapide, facile, solide et joli. Et pas cher du tout! Voici comment faire
Le matériel de base: un pistolet à air chaud, un bout de manche à balai ou autre pièce de bois cylindrique d'un diamètre en gros équivalent au diamètre recherché pour le cercle, quelques morceaux de bambou bien secs - je ramasse les miens dans mon jardin, le voisin a un gros massif de bambou _ un petit rabot ou une cale à poncer.
Première étape: confectionner le mandrin.
Deuxième étape: couper le bambou en tranches de 5 à 6 mm de large, éliminer la partie molle (pulpe) à l'interieur par rabotage ou ponçage.
Troisème étape: positonner le bambou sur le mandrin et enrouler lentement en chauffant bien. Il se peut que la couche surperficielle se délamine un peu, en général il reste assez d'épaisseur pour continuer.
Dernière étape: sortir du mandrin, pas besoin de pressage, juste attendre que le bambou refroidisse, deux ou trois minutes suffisent. Couper le cercle pour enlever le surplus, poncer, vernir. L'elasticité du bambou permet de fabriquer des cercles plus ou moins larges à partir du même mandrin. On peut aussi enrouler deux ou trois tours pour faire varier la taille ou obtenir plusieurs cercles.
Le produit fini:
L'aspect est flatteur et très réaliste. De plus comme le bambou une fois refroidi conserve sa forme tout en restant flexible on peut installer les cercles de mât à posteriori. Il suffit de protéger le mât avec un morceau de tube d'acier mince pour riveter les cercles avec de petits clous en cuivre.
Confection des voiles de modèles réduits - Méthode Jean Chevalier:
Jean Chevalier est maître voilier depuis 1946, son atelier est à La Frette-Sur-Seine, dans le Val-D'Oise. Il est retraité depuis longtemps mais continue à prodiguer ses conseils à ses anciens clients, et à ceux qui cherchent l'avis de quelqu'un qui a connu tous les bouleversements de la voile après guerre, de l'apogée des dériveurs à celle des planches à voiles, du coton au mylar. Couturier des grands et des petits bateaux, il m'a un jour expliqué comment faire les voiles de modèles réduits. Voici son guide, très simple.
Trois à quatre pinces sont coupées de la chute au centre du creux, au cutter ou aux ciseaux. En les refermant pour les coudre ou les recoller, le recouvrement de leurs bords donnera le creux. Le guindant de GV sera légèrement convexe, max 1% , vers 60% de la hauteur, au contraire celui du foc sera légèrement creux pour compenser la flexion de l'étai ou de la ralingue. Ensuite, on expérimente selon ce principe. Bonne chance!
Jean
Chevalier dans son atelier de La Frette en 2008.
Confection des voiles à l'aide de blocs-gabarits, dit "moules":
Sujet oh combien délicat! Il n'y a pas de profil miracle, les élucubrations sur le profil NACA idéal sont absurdes s'agissant d'un panneau souple en textile soumis à la tension de la drisse et du point d'écoute, à celle du hâle bas, à la flexion du mât, à la force du vent et à l'élasticité plus ou moins grande du tissu. Sans compter l'influence de l'épaisseur du mât, qui déplace vers l'arrière le creux efficace. Il s'agit donc d'obtenir à l'assemblage des panneaux un creux correctement positionné que l'on pourra ajuster fonction des paramètres cités plus haut.
On fait donc un, ou même plusieurs blocs de bois, présentant deux plans se rencontrant à un angle de 6 à 7°, une partie principale dont le rayon ou profil correspond à l'arc d'une cercle de 1,20 à 1,8 m de rayon, prolongé par une partie droite. On pose les deux panneaux à assembler bien à plat sur chaque côté, et le rond et l'angle entre les panneaux vont automatiquement générer un recouvrement qui donnera le creux de la voile. Pour les perfectionnistes, et les régatiers, le creux doit varier sur une même voile, puisqu'en bas la tension au point d'écoute va le réduire ou l'augmenter directement, alors qu'en haut la coupe de la voile, et le creux induit lors de sa confection, seront essentiels. On pourra donc utiliser plusieurs blocs pour les différentes laizes.
Pour un résumé destinés aux anglophones voir le site de Lester Gilbert: Sailmaking with blocks qui est très bien illustré. Il existe aussi un livret imprimé "Making Model Yacht sails" par Larry Robinson, dont Lester Gilbert reprend les grandes lignes.
Système de rappel d'écoutes par élastique "anti-vrillage":
Le système est basé sur un élastique en deux brins, pour forcer par triangulation une traction toujours dans le même plan. Voici:

Fabrication d'un mât bois à gorge de ralingue: tarabiscot et Stanley no 78
Un gréement marconi ancien comme Gudrun Elvira exige un mât en bois. Etant donné la hauteur du mât - 1,85 m au dessus du pont - et la surface de voilure, il faut un mât résistant, léger et assez souple pour pouvoir utiliser les possibilités de réglage offertes par le gréement dormant et notamment le guignol. Il faut aussi qu'il tienne bien le guindant de la grand'voile.
Gudrun
Elvira par belle brise. Notez la flexion du mât. Mât en spruce, 1,85 m au dessus
du pont, section en ellipse, épaisseur maxi 14mm, largeur maxi 24 mm, incluant
la gorge de ralingue. Deux étages de barres de flèche et un guignol. .
Une bonne tenue sur le guindant, même si le mât cintre, ce n'est pas possible avec la technique ancienne du fil de fer tendu d'un bout à l'autre du mât sur lequel s'endraille la grand voile. Il faut donc une gorge de ralingue, sur laquelle vient s'enfiler la ralingue de grand'voile, qui sera ainsi tenue tout le long de sa face avant, le guindant. Il faut pour cela un mât taillé dans un bois aux caractéristiques mécaniques ad-hoc. Attention: le samba, facilement disponible chez les magasins de modélisme, est un bois tendre, peu résistant et peu durable, à éviter absolument malgré les conseils dispensés dans certaines revues par des vendeurs de bois. Si vous faites un chalutier gréé aurique, pas de problème, un pieu en samba suffira même pour un modèle naviguant. Par un yacht de course naviguant en modèle réduit, les bois utilisables sont le spruce et le pin d'Orégon. Le ramin peut faire l'affaire au niveau mécanique, mais il est lourd, plus que le spruce et similaire au pin d'Orégon, et très sensible à l'humidité, contrairement aux deux autres essences, qui viennent toutes les deux du Nord-Ouest du continent américain.
Dans une pièce de bois droite et sans noeud, je débite une section de 30X30mm pour une longueur d'environ deux mètres - cela pour un bateau de taille similaire à Gudrun Elvira voir ici. Je refend la section dans le sens du fil pour obtenir deux moitiés de de mât, droite et gauche. . J'inverse les deux moitiés obtenues, pour que le bois travaille à contre fil une fois les deux parties collées, de façon à éviter les déformations. Je prend soin de marquer les faces correspondantes aux deux extrémités pour le futur collage.
Le Tarabiscot:
Il faut maintenant creuser la gorge de ralingue sur chacune des deux moitiés de mât. C'est une saignée, de préférence semi circulaire, de 2 à 3 mm de diamètre creusée sur chacune des moitiés de mât avant de les assembler. Deux solutions: une passe à la scie circulaire réglée pour une profondeur de coupe de 2mm à peu près, et finition avec une cale fine et du papier de verre, ou bien solution deux: un tarabiscot. C'est quoi un tarabiscot? C'est un outil très simple qui permet de creuser dans le bois des gorges et des moulures, simplement en le tirant à la main, comme une plane ou une wastringue. Les profils sont variables à l'infini, il suffit de limer la pièce d'acier qui sert de lame au profil désiré. On peut faire un profil...tarabiscoté, hé oui c'est de là que vient l'expression. Le tarabiscot que j'utilise est en bronze moulé, un bel outil acheté aux USA, mais on peut en faire un soi même avec un morceau de lame de scie à métaux et une pièce de bois.
Tarabiscot Lie-Nielsen USA, basé sur un
ancien outil Stanley no 66. Noter le jeu de lames aux différents profils, et une
lame ébauche, à profiler selon le besoin.
Voici comment on l'utilise:
La pièce de bois à travailler est fixée sur le bord de l'établi avec un ou deux serre-joints. La lame du tarabiscot est choisie pour sa taille approchant le profil souhaité, puis meulée pour l'atteindre exactement, au Dremel par exemple. La cale latérale est ajusté pour que la rainure se fasse à la distance souhaitée du bord de la pièce. 5mm dans ce cas. On régle ensuite la profondeur de coupe, 3mm. On teste sur une pièce de bois équivalente pour vérifier les distances et profondeurs, et de faire au maniement de l'outiL . On attaque ensuite; passes longues peu appuyées, bien garder le guide au contact de la pièce , se faire léger sur les noeuds éventuels, passer plusieurs fois. Vérifier le réglage souvent, la lame peut bouger et les vis se déserrer, la rainure s'élargi ou se décale, gare à l'assemblage.
Le Stanley no 78
La gorge est faite, il faut ménager l'ouverture des lèvres pour permettre le passage de la voile et de sa ralingue. Cela revient à enlever un à deux millimètres sur la lèvre de la gorge de ralingue, sur chaque moitié du mât. C'est là qu'intervient le Stanley no 78. A défaut, un rabot de modèliste avec une cale bricolée, et beaucoup de soin, peut faire le job. Le Stanley c'est la Rolls.
Comme la Rolls, il est noir vernis. Il comporte deux cales réglables, une pour la profondeur de coupe, et une autre qui contrôle la largeur de coupe. Un plaisir à utiliser, qui durera plus longtemps que moi.
Le collage final: la ficelle et la règle de maçon
Grâce à mes amis Stanley et Tarabiscot, j'ai deux moitiés de mât qui ne demandent qu'à se mettre à la colle. C'est là le hic, la colle doit rester à sa place, et surtout ne pas envahir la gorge de ralingue, sous peine d'obstruction insurmontable et coincement de la grand'voile. Le truc est simple, placer dans la gorge avant collage une ficelle de nylon tressé - les marins diront garcette - soigneusement cirée en la frottant de cire ameublement, et d'une épaisseur suffisante pour remplir ladite gorge.
La ficelle en place sur une moitié de
mât. Noter la marque au crayon sur le bas de la pièce, pour s'assurer de
l'inversion des moitiés de mât après leur séparation par sciage.
C'est fait. Il faut également s'assurer de la parfaite rectitude du mât pendant le collage. Faire gaffe que c'est bien droit. (En texto je sais pas dire). Pour cela les deux moitiés encollées seront placées sur une règle de maçon en alu, posée sur champ. Ensuite poids ou serre-joints assureront un collage solide. Avec, pour moi, de la colle Titebond III, pub gratuite, c'est un bon produit.
Pour un pont pas plat: le quart de nonante
Sur un bateau, et notamment un bateau bois, yacht ou bateau de travail, le pont comprend en général deux courbes essentielles. D'abord la tonture, la courbe latérale, en général creusée au milieu, plus haute devant que derrière. On dit qu'elle fait l'élégance d'un bateau. Sur certain dessins, elle est parfaitement rectiligne, et plus rarement, inversée, en dos d'âne, notamment sur des plans des années 1960 et 1970. Je trouve ça moche.
Le seconde courbe est transversale, on l'appelle le "bouge". Elle permet entre autre d'augmenter le volume de la coque, surtout sur l l'avant en général, de rendre le côté du pont au vent moins raide à la gîte, et de faciliter l'évacuation de l'eau. Pour tracer cette courbe sur les barrots à découper, on va dessiner et découper un gabarit, dont la largeur sera légèrement supérieure au maître bau. Ce gabarit sera reporté sur chaque barrot de pont pour tracer sa découpe. La courbe est obtenu au moyen d'un tracé au compas dit "quart de nonante", puisqu'il s'agit de couper en 4 un arc de cercle de 90°. Voici comment on s'y prend:
Tracé du quart de nonante sur une feuille de contreplaqué dont sera tiré le
gabarit.
Après avoir choisi ou relevé sur le plan la hauteur maximale du pont en son centre, on trace une perpendiculaire au centre d'un ligne qui représente le bau maximum du bateau. Je prend comme support un contreplaqué de 2mm. On marque sur cette perpendiculaire la hauteur maximale du bouge. En prenant l'intersection de la ligne de base avec la hauteur comme centre, on trace un quart de cercle dont le rayon est égal à la hauteur. On divise ce quart de cercle en 4 segments égaux. On divise également en 4 segments égaux le rayon du cercle correspondant sur la ligne de base. On trace ensuite trois segments de droite qui vont rejoignent les quarts du rayon au niveau de la base aux quarts de l'arc de cercle. Voir le dessin, c'est mieux qu'une explication. On divise ensuite chacun des deux côtés de la base en quatre et sur chacun des trois points intermédiaires on trace une hauteur correspond aux segments tracé dans le quart de cercle. On rejoint les deux extrémités avec une latte souple en passant par toutes les hauteurs y compris médiane, et on trace. Ensuite on découpe le gabarit, qui pourra servir pour un ou plusieurs bateaux, ou éléments tels que roufs ou panneaux de descente. Si l'échelle de la réalisation rend le tracé difficile, à cause d'une hauteur insuffisante, on peut augmenter la taille du tracé en conservant les mêmes proportions, puis le diminuer par scan ou photocopie avant de le coller sur le gabarit à découper.
Note: pour les "petits" bateaux la hauteur peut être insuffisante pour permettre un tracé précis: on peut alors confectionner un gabarit plus haut et plus grand que nécessaire et n'en utiliser que la partie centrale.
All pictures and text Copyright Patrick Bigand
Photos et texte copyright Patrick Bigand